E.T. L’extraterrestre
E.T. L’extraterrestre de Steven Spielberg, Etats-Unis, 1982, 1h50
« Les premières minutes du film nous plongent dans l’atmosphère fragile et apaisée d’un sous-bois. C’est là que nous rencontrons les extraterrestres. On les voit, déambulant gentiment sous de majestueux séquoias géants. Un plan sur un petit lapin, puis un autre, montrant l’une des créatures déterrant délicatement un petit sapin, nous rassurent très vite sur leurs intentions. On est très loin des productions paranoïaques, présentant les créatures de l’espace naturellement agressives et terrifiantes. On se sent plutôt bien dans cette forêt presque bambiesque, éloignés que nous sommes, du déluge d’effets spéciaux assourdissants que l’on nous sert habituellement dans de pareilles apparitions. On note par ailleurs que le film commence en quelque sorte là où Rencontres du troisième type s’achevait. Si ce dernier n’était qu’attente et approche pour finalement aboutir à une précaire prise de contact, on est ici, dès le début du film, face aux extraterrestres. Malheureusement, la rencontre est de courte durée. Bientôt, les phares éblouissants des voitures brisent brutalement notre quiétude.
Dans cette première séquence, Spielberg nous donne sa vision de l’extraterrestre, créature pacifiste en total accord avec la nature, le tout souligné par l’environnement d’une forêt à la majesté ancienne. Monde magique et solennel dans lequel les hommes, dont on ne voit que les corps sans tête, apparaissent à l’inverse brutalement détachés et hostiles. »
Cahier de notes sur Nanouk, écrit par Camille Girard
L’histoire sans fin, de Wolfgang Petersen, Allemagne, 1984, 1h35
Après avoir découvert que leur monde est en danger, les messagers de Fantasia se dirigent vers la Tour d’ivoire pour en avertir l’Impératrice. La révélation de ce monument, semblable à une fleur géante, se fait à travers plusieurs plans rapprochés et à des travellings verticaux ascendants, s’élançant du sol jusqu’au-delà des nuages pour nous dévoiler la capitale et ses habitants.
Cet extrait fait écho à la scène d’introduction d’E.T., dans laquelle le vaisseau spatial et l’équipage sont dévoilés de manière fragmentée. Steven Spielberg utilise quant à lui des travellings horizontaux à hauteur d’homme, filmant la scène du point de vue d’une personne qui épie. Les passagers et l’intérieur du véhicule nous sont ensuite révélés partiellement.
Les deux extraits révèlent comment la mise en scène façonne notre imaginaire à travers deux atmosphères radicalement opposées. D’un côté, L’Histoire sans fin s’appuie sur la verticalité, l’émerveillement des messagers et un thème musical enchanté pour susciter la fascination face à la grandeur de la Tour d’ivoire. E.T. privilégie l’horizontalité et une ambiance sonore suspendue pour plonger le spectateur dans une atmosphère mystérieuse, une curiosité de l’espionnage au cœur de la nuit.